Réalité virtuelle et cognition : un nouvel outil diagnostique et thérapeutique au cœur de la Clinique Intégrée de la Mémoire
Clinique Intégrée de la Mémoire
Interview du Pr Mélanie Strauss et du Dr Jean-Christophe Bier
La Clinique Intégrée de la Mémoire développe aujourd’hui une approche innovante : l’intégration de la réalité virtuelle dans le suivi clinique et dans les recherches menées sur les maladies cognitives. Cette technologie ouvre deux perspectives majeures : améliorer le bien-être des patients et affiner les outils diagnostiques, en permettant d’observer la cognition dans des situations immersives impossibles à reproduire en consultation classique.
Une base de données solide pour mieux comprendre les patients
La clinique dispose désormais d’une grande cohorte de plus de 2 000 patients suivis de manière structurée. Toutes les données cliniques, neuropsychologiques, d’imagerie et de biologie sont progressivement intégrées dans une base de données informatisée, nourrie automatiquement à partir du dossier médical.
Cette architecture numérique permet :
- un suivi longitudinal précis ;
- un monitoring plus fiable ;
- la possibilité de constituer des sous-groupes de patients partageant une pathologie ou un biomarqueur spécifique.
Ces sous-groupes peuvent ensuite participer à des protocoles de recherche plus ciblés, notamment dans le domaine des maladies neurodegénératives (Alzheimer et apparentées).
Un outil thérapeutique : apaiser, réduire le stress, améliorer le vécu du patient
La réalité virtuelle est intégrée dans une chambre immersive avec projection aux quatre murs et au sol.
Le patient peut y évoluer dans différents environnements, que ce soit bord de mer, désert, montagne, paysages naturels, etc.
Ce dispositif vise à apaiser, réduire le stress, améliorer les symptômes psycho-affectifs et atténuer certains troubles du comportement observés dans les maladies neurodégénératives. Le stress étant une comorbidité fréquente, cette intervention non médicamenteuse représente une option complémentaire précieuse dans le parcours de soins.
Des lunettes de réalité virtuelle pourraient également être intégrées “en version mobile” afin d’augmenter la capacité d’accueil, mais cette option reste en réflexion.
Un outil de recherche diagnostique : tester la cognition autrement
La réalité virtuelle offre aussi la possibilité d’évaluer la cognition dans des situations écologiques, plus proches de la vie réelle. Dans la chambre immersive, les équipes développent des tests comme : un labyrinthe pour évaluer la navigation spatiale ; un supermarché virtuel avec liste de courses ; d’autres scénarios simulant des tâches du quotidien.
Ces tests pourraient permettre de détecter plus précocement certaines atteintes cognitives, parfois invisibles dans les évaluations papier-crayon classiques.
Grâce aux environnements immersifs, il devient possible de mesurer la performance cognitive dans des conditions riches, dynamiques et contrôlées.
Corréler les performances virtuelles aux marqueurs cérébraux
Les performances obtenues en réalité virtuelle seront ensuite mises en relation avec :
- des marqueurs d’imagerie (IRM classique et IRM de recherche) ;
- des données sur le fonctionnement de l’hippocampe ou du cortex entorhinal, particulièrement touchés dans les premiers stades de la maladie d’Alzheimer ;
- des mesures neurophysiologiques obtenues via la magnétoencéphalographie (MEG).
Cette approche pourrait permettre d’identifier des signatures précoces de maladies neurodégénératives, et d’améliorer la sensibilité des tests diagnostiques.
Un projet de thèse est en préparation pour développer et valider ces outils en profondeur.
Des ensembles de patients ciblés pour répondre à des questions très précises
Parce que les patients sont suivis et caractérisés finement, il est possible de sélectionner des sous-groupes homogènes pour des études spécifiques :
- relations entre sommeil et cognition ;
- corrélations entre marqueurs hormonaux et performances cognitives ;
- associations entre données d’imagerie et résultats des tests virtuels ;
- explorations ciblées à un instant donné (études dites “transversales”).
Cette capacité à travailler avec précision constitue un véritable accélérateur scientifique.
Vers davantage de patients bénéficiant de l’outil
La chambre immersive étant un espace fixe, l’intégration potentielle de lunettes de réalité virtuelle ouvrirait la possibilité de prendre en charge davantage de patients simultanément, et de proposer des modules relaxants plus largement.
Cette extension offrirait aux patients une prise en charge plus flexible et permettrait aux équipes de multiplier les modalités d’évaluation et d’accompagnement.
Soutenir la réalité virtuelle : un geste qui fait avancer la prise en charge
Développer la réalité virtuelle - qu’il s’agisse de thérapie immersive, d’outils diagnostiques ou de recherche - représente un investissement important : équipements, logiciels, programmation des scénarios, …
Votre soutien contribue à
- financer de nouvelles séances de réalité virtuelle pour les patients ;
- acquérir des lunettes VR pour augmenter la capacité d’accueil ;
- développer des environnements thérapeutiques supplémentaires ;
- créer et valider des tests cognitifs immersifs plus sensibles ;
- renforcer les outils d’analyse permettant d’améliorer les diagnostics.
- Financer des chercheurs dédiés ?
C’est un levier concret, humain et immédiat pour transformer la prise en charge des troubles cognitifs.