Publié le 30.01.2026

Le foie souffre en silence… comprendre pour mieux prévenir

Focus On

Pr Eric Trepo 

Service de Gastroentérologie, d’Hépatopancréatologie et d’Oncologie digestive

Mes travaux de recherche se concentrent sur les stéatopathies hépatiques, c’est-à-dire l’ensemble des pathologies liées à l’accumulation de graisse dans le foie - qu’il s’agisse des formes liées à une consommation chronique d’alcool ou dysmétaboliques souvent associées au diabète et au surpoids. On estime que 35 % de la population mondiale présente une maladie du foie de ce type. Ces pathologies peuvent évoluer vers une cirrhose et un cancer du foie et elles restent le plus souvent silencieuses, c’est-à-dire sans symptôme, d’où l’importance du dépistage chez les individus à risque et de mieux comprendre les mécanismes impliqués dans l’évolution de ces maladies. 

J’ai toujours été passionné par la génétique humaine et plus précisément par la génétique des populations. Comprendre pourquoi certaines personnes développent une maladie alors que d’autres, exposées aux mêmes facteurs, y échappent complètement, a toujours suscité en moi une grande curiosité. Dans les maladies complexes (ou polygéniques) comme l’hypertension ou le diabète, cette question prend tout son sens. Bien que les facteurs cliniques (l’environnement) comme l’alcool ou les comorbidités métaboliques comme le diabète ou le surpoids soient les principaux déterminants de ces maladies, les gènes associés permettent de mieux comprendre les mécanismes biologiques sous-jacents et d’identifier de potentielles cibles thérapeutiques. Actuellement, il ne faut pas considérer la génétique des maladies complexes comme un outil de prédiction. En d’autres termes, il ne faut surtout pas surestimer la part de la génétique dans les maladies complexes ; l’environnement reste le facteur dominant. La diminution de la consommation d’alcool, la perte de poids, le contrôle du diabète sont actuellement les leviers les plus efficaces dans les stéatopathies hépatiques. 

Mes travaux de recherche impliquent l’utilisation de larges cohortes de patients porteurs ou non de la maladie étudiée. Aujourd’hui, grâce aux outils disponibles, on peut identifier les variations génétiques présentes chez chaque individu à grande échelle. En croisant ces données avec les caractéristiques cliniques des patients, il devient possible de repérer les gènes associés à certaines pathologies. 

À l’ULB, nous avons été parmi les premiers à identifier des gènes impliqués dans la cirrhose liée à l’alcool, ou encore dans le cancer du foie. Toutefois, ce type de recherche nécessite une collaboration avec d’autres équipes, car rien ne se fait seul. Intégrer ces différentes perspectives peut être complexe, mais permet d’obtenir des résultats autrement impossibles. Par ailleurs, c’est une expérience très enrichissante. J’ai la chance de coordonner notamment un grand projet européen, baptisé GENIAL, qui vise à mieux comprendre les interactions entre les facteurs de l’environnement — comme la consommation d’alcool, des facteurs métaboliques (ex : présence d’un diabète, de surpoids) ou l’alimentation — et des facteurs génétiques dans la survenue d’un cancer du foie lié à l’alcool. L’objectif est de mieux comprendre les mécanismes précoces liés au développement du cancer du foie, mais aussi de nouvelles pistes thérapeutiques. Nous utilisons pour cela des algorithmes d’intelligence artificielle, qui permettent d’intégrer les différents types de données afin d’obtenir des conclusions plus cohérentes. 

L’objectif de ce type de recherche est d’intervenir en amont. De mieux comprendre les mécanismes précoces liés à la survenue de la cirrhose et du cancer du foie, et d’identifier si possible des traitements préventifs. C’est une recherche qui alimente également les projets de détection précoce, menés en parallèle par d’autres équipes. Mieux comprendre les mécanismes d’interaction entre gènes et environnement, c’est donc offrir à la fois des outils de prévention et des pistes thérapeutiques.