Publié le 17.03.2026

La recherche préclinique, quand les souris offrent un espoir de traitement de la fibrose pulmonaire

Focus On

Par le Pr Benjamin Bondue – Directeur desPneumopathies Intrstitielles Diffuses

Si le diagnostic et le pronostic de la fibrose pulmonaire connaissent des avancées spectaculaires, l'objectif ultime de la médecine reste la guérison. C'est dans cette quête thérapeutique ambitieuse que l'H.U.B – Hôpital Erasme, reconnu comme centre de référence belge pour les maladies pulmonaires rares, déploie un volet de recherche préclinique fascinant. 

Au cœur de cette maladie se trouvent les fibroblastes, des cellules responsables de la fabrication excessive de tissu cicatriciel (la fibrose) dans les poumons. Actuellement, l'imagerie clinique utilise la molécule FAPI (Fibroblast Activating Protein Inhibitor) couplée à du gallium, un émetteur de rayons permettant de rendre ces cellules visibles à l'écran du PET scan sans les détruire. 

Cependant, l'équipe de l'H.U.B nourrit une idée géniale qui pourrait révolutionner la prise en charge de la pathologie : remplacer cet émetteur de repérage par des sources émettant des rayons alpha ou bêta. L'objectif n'est alors plus seulement de visualiser la cellule malade, mais de détruire spécifiquement les fibroblastes activés grâce à la molécule qui vient s'y fixer.

​Cette approche, appelée théranostique (contraction de thérapie et diagnostic), n'est pas de la science-fiction. C'est une réalité clinique déjà appliquée en oncologie pour traiter des cancers, notamment au sein du service de médecine du H.U.B.  – Institut Jules Bordet (Pr Flamen et son équipe). Les fibroblastes sont en effet très présents dans le remodelage cellulaire des tumeurs, et cette technique d'irradiation ciblée par FAPI est d'ores et déjà testée pour le cancer de la prostate et bientôt du poumon. 

La volonté de l'H.U.B est de transposer ce succès oncologique au traitement de la fibrose pulmonaire. Néanmoins, les chercheurs ne sont pas des savants fous et il est impossible de tester cette destruction cellulaire directement chez l'homme. L'innovation doit obligatoirement passer par une phase de validation sur des modèles animaux. Celle-ci est possible grâce à une collaboration forte déjà existante entre les pneumologues de l'hôpital Erasme, les médecins nucléaristes de l'Institut Jules Bordet et un centre d'imagerie pré-clinique (CMMI) situé à Gosselies. Ce dernier est équipé de micro-PET scans spécialement conçus pour les souris. De plus, notre équipe s'appuie sur une maîtrise exceptionnelle d'un modèle de fibrose développé depuis plus de 10 ans, et la participation de doctorants spécialisés. 

​Le lancement de ce projet, qui dépasse le simple stade du pronostic pour s'attaquer au traitement de la maladie, se heurte à un besoin crucial de financements extérieurs. 

Mener à bien ce volet translationnel exige d'acheter les marqueurs radioactifs et de financer les modèles murins et les séances d'imagerie. Soutenir la recherche à l'H.U.B - Hôpital Erasme, c'est donner aux chercheurs les moyens financiers nécessaires pour valider ce concept révolutionnaire chez l'animal, ouvrant ainsi la voie à de futurs traitements humains capables de bloquer définitivement l'évolution de la fibrose pulmonaire.