Comprendre, anticiper, améliorer : quelles recherches sont menées aujourd’hui à la Clinique Intégrée de la Mémoire ?
Clinique Intégrée de la Mémoire
Interview du Pr Mélanie Strauss et du Dr Jean-Christophe Bier
En plus de la prise en soins clinique, la Clinique Intégrée de la Mémoire développe un large volet de recherche essentiel pour mieux comprendre les maladies cognitives et anticiper leurs évolutions. Ce travail repose sur un suivi longitudinal rigoureux des patients et sur la collecte structurée de données cliniques, neuropsychologiques et d’imagerie.
L’objectif est double : mieux caractériser chaque patient et identifier les marqueurs qui prédisent l’évolution des maladies neurodégénératives qu’ils présentent.
Suivre les patients dans le temps : la base de toute avancée scientifique
La clinique suit les patients sur plusieurs années afin d’observer quels profils évoluent, lesquels restent stables, et quels éléments permettent de prédire ces trajectoires.
Pour cela, plusieurs outils sont utilisés :
- la répétition des bilans neuropsychologiques (non remboursés et coûteux, mais indispensables et qui peuvent être pris en charge dans le cadre de protocole d’études) ;
- la répétition des IRM au fil du temps ;
- des séquences d’imagerie spécifiques destinées à analyser le « système de nettoyage » du cerveau (clairance, système glymphatique cérébral) ;
- des examens complémentaires intégralement dédiés à la recherche.
Ces données permettent de constituer une cohorte longitudinale : un ensemble de patients bien caractérisés, suivis régulièrement, dont les données sont analysées pour comprendre l’évolution des affections cognitives.
Explorer les biomarqueurs qui prédisent l’évolution
La recherche actuelle vise à identifier des biomarqueurs prédictifs : des indices mesurables qui permettent de savoir si un patient a un risque plus élevé d’évoluer vers une aggravation clinique voire une démence, ou au contraire de rester stable plus longtemps.
Plusieurs méthodes sont utilisées :
- la magnétoencéphalographie (MEG), permettant d’explorer l’activité cérébrale avec une grande finesse ;
- des enregistrements de sommeil à domicile, réalisés grâce à des bandeaux portables (un dispositif simple pour le patient, mais coûteux) ;
- des IRM de recherche, avec des séquences très spécifiques ;
- des phénotypages détaillés, qui rassemblent toutes les données cliniques, biologiques et génétiques utiles pour comprendre chaque profil.
Ces examens, qui ne font pas partie du bilan standard, enrichissent considérablement la compréhension des maladies neurodégénératives — et des changements qui les précèdent parfois de plusieurs années.
Une priorité : mieux comprendre les maladies neurodégénératives
La recherche se concentre principalement sur les maladies neurodégénératives, incluant :
- la maladie d’Alzheimer,
- les maladies apparentées,
- les maladies frontotemporales,
- les différentes formes de Parkinson et les syndromes apparentés,
- ainsi que les cas où plusieurs maladies coexistent chez un même patient.
L’objectif n’est pas seulement de distinguer ces maladies entre elles, mais aussi d’identifier des marqueurs communs ou spécifiques, et de comprendre pourquoi certains patients évoluent plus vite que d’autres.
Des études ciblées, grâce à des patients bien caractérisés
Parce que la clinique construit une base de données précise, il devient possible de mener des études ciblées sur des questions très spécifiques.
Par exemple :
- analyser l’association entre les marqueurs de sommeil et les performances cognitives ;
- étudier le lien entre certains marqueurs hormonaux et la cognition ;
- étudier le lien entre le système de clairance du cerveau et l’accumulation de toxines pathologiques ;
- explorer des corrélations entre l’accumulation des toxines, le fonctionnement cérébral (métabolique, connectivité synaptique), et les troubles cognitifs
Ces études demandent souvent des examens supplémentaires, analysés par sous-groupe de patients partageant une caractéristique précise (âge, type d’atteinte, profil cognitif, biomarqueur identifié, etc.).
Ce travail facilite à la fois les études transversales (à un instant donné) et longitudinales (dans le temps).
Une dynamique collaborative avec d’autres hôpitaux académiques
La structuration de la clinique a permis d’initier des cohortes multicentriques, d’abord au niveau bruxellois puis en développer ou intégrer d’autres nationales ou internationales.
Cette collaboration est devenue possible uniquement parce que la clinique dispose aujourd’hui d’une organisation suffisamment rigoureuse pour contribuer à des projets communs :
- même critères de suivi,
- mêmes définitions de pathologies,
- mêmes outils d’évaluation,
- mêmes protocoles d’imagerie et de données.
Cette harmonisation permet de réunir davantage de patients, d’obtenir des données plus robustes et de faire avancer la recherche plus rapidement.
Pourquoi soutenir ce volet de recherche est essentiel pour les patients ?
Parce qu’il permet :
- d’améliorer la précision des diagnostics,
- d’anticiper l’évolution des maladies,
- d’identifier les patients à risque plus tôt,
- de proposer des interventions mieux ciblées,
- d’ouvrir l’accès à des examens et technologies innovantes,
- d’intégrer les patients qui le souhaitent à des études avancées.
Ces recherches sont coûteuses - notamment les bilans répétés, les IRM, la MEG ou les enregistrements de sommeil - mais elles sont indispensables pour améliorer la compréhension des maladies cognitives et, à terme, offrir des prises en charge plus efficaces.